Pomme, raisin, ananas... On fait une salade de fruits ou des baskets ?

par Maxime Savart sur November 17, 2020

Baskets en pomme, raisin, cactus, maïs, café… Alternative durable ou tendance marketing ?

Depuis que l’on s’apprête à lancer MEEKO, nous avons assisté à une floraison de néo-matières visant à remplacer le cuir / similicuir. Dans notre volonté de proposer des sneakers plus propres, on s’est légitimement demandé ce que valaient ces matières. Notamment pour potentiellement y avoir recours pour la 2nde collection en 2021 (oui on a l’ambition totalement crazy de pouvoir sortir une seconde collection).

Que sait-on de ces matières ? Elles ont en commun d’être constituées de déchets de plantes ou de denrées alimentaires (pomme, raisin, ananas, maïs, café, cactus pour les plus connues). Des alternatives souvent présentées comme 100% naturelles que s’arrachent les marques et les médias y voyant une petite révolution écologique. Le problème est que lorsqu’on cherche à en savoir un peu plus, on ne trouve pas beaucoup d’infos. Même du côté des fournisseurs.

Que se cache derrière ces matières ? Quelle est leur composition réelle ? Quelles sont leurs limites ?

Tel Laurent Delamousse, on a mené l’enquête. Nous avons interrogé divers professionnels du secteur pour vous apporter des éléments de réponses.  

NB : L’objectif de cet article est de vous informer. En aucun cas nous ne voulons descendre des marques dont la démarche initiale est certainement pleine de bonne volonté mais manque un peu de transparence. Car en omettant d’admettre que cette démarche n’est pas parfaite, qu’elle a des limites, elles laissent penser aux consommateurs qu’il s’agit d’un combat facile. Que les solutions sont toutes trouvées. Cela décrédibilise malheureusement les engagements de l’ensemble des autres marques qui tentent également d’apporter des réponses durables à ces enjeux.

Une composition hybride

Il est coutume de lire que ces matières sont faites « à partir de… ». Pourtant on ne sait pas vraiment quelle est la part naturelle réellement présente. Il est extrêmement rare de trouver une marque détaillant la composition réelle de la matière qui compose 80% de ses baskets. Le problème provient principalement des fournisseurs qui eux-mêmes font preuve d’une certaine opacité sur leur site ou leur brochure. La manière de présenter le procédé de fabrication est systématiquement la même :

  1. Récolte des matières premières naturelles (pomme, raisin, ananas…)
  2. Broyage, filtrage + diverses opérations sur ces déchets
  3. Etalage de la pâte obtenue (suite à cette étape 3) qui une fois sèche aura des propriétés proches de celle du cuir

Certains fournisseurs parlent de « formule secrète », d’autres précisent simplement qu’ils n’emploient pas de matières chimiques toxiques. On est donc en droit de se demander : quelle est la part réelle de matière naturelle et, surtout, qu’il y a-t-il en plus ?

Deux docteurs britanniques se sont lancés dans une étude approfondie des bases de données des composants utilisés par ces usines. Ils ont alors constaté que le composant principal est bien souvent le polyuréthane (65%) quand la part de matière naturelle est environ de 30%. Pour rappel le polyuréthane (PU) est une matière plastique que l’on retrouve dans la plupart des alternatives vegan au cuir (similicuir par exemple).

Cela pose donc déjà problème lorsqu’on lit dans des médias « 100% naturel », « 100% végétal », « sans plastique », etc. Ces confusions découlent comme souvent du marketing initial de la marque, elle-même confuse par celui du fournisseur.

Vous allez nous dire « c’est déjà mieux que rien, mieux vaut une faible part de naturel plutôt que du 100% plastique ». C’EST FOU ON S’EST DIT LA MÊME CHOSE ! Puis on s’est aperçu que ce n’était pas nécessairement le cas si l’on considérait la durabilité du produit dans sa globalité et non uniquement via les matières premières qui la composent.

Si l’on se focalise sur l’empreinte carbone propre aux matières utilisées, on peut éventuellement considérer ces néo-matières hybrides comme plus durables en raison de la part de composants naturels. Et encore cela reste à calculer lorsqu’on utilise des cactus mexicains ou des ananas philippins. Les 20 à 30% de matières naturelles compensent-elles les diverses opérations de transformation + le transport vers l’Europe / la France ? A vos calculettes !

Solide, pas solide ? Biodégradable ou biopasdégradable ?

Depuis le départ, nous abordons la durabilité produit au sens large. Du design à la fin de vie. La résistance dans le temps est une caractéristique majeure à prendre en compte. Nous n’avons pas suffisamment de recul (et de retours d’expérience) pour affirmer que ces matières tiennent moins bien dans la durée que du cuir ou du similicuir. Notre usine nous a simplement fait part de la difficulté qu’elle avait rencontré à travailler ce genre de matière pour d’autres clients.

Que se passe-t-il une fois que nos baskets sont foutues ? Lorsqu’il est question de fin de vie, les fournisseurs qualifient leur matière de « partiellement biodégradable ». 

Le problème est qu’une matière est soit biodégradable, soit elle ne l’est pas. Le partiellement n’existe pas. Mélanger des composants naturels à des composants plastiques complique plus qu’autre chose la question de la revalorisation des produits en fin de vie.

Redonner à la terre ? Pas possible car pas biodégradable. Recycler ? Bien plus complexe et énergivore que si la matière était 100% synthétique. Incinérer ou jeter à la décharge ? Pas très écolo.

Lorsque l’on dispose de tous ces éléments, on se dit que ces matières révolutionnaires sont un peu moins durables que ce qu’elles peuvent laisser croire. On peut encore une fois débattre légitimement de leur empreinte carbone vs celle de cuir ou de similicuir. Il y a malgré tout beaucoup d’autres facteurs à prendre en compte lorsque l’on réfléchit à la durabilité d’un produit.

Des solutions ?

Des chercheurs américains ont mis au point une matière fabriquée à 100% de fibres naturelles, sans aucun plastique. Elle se positionnerait comme une excellente alternative au cuir, tout en ayant l’empreinte écologique la plus faible de l’industrie. On a demandé à notre agent de se renseigner pour déterminer si effectivement il y avait une petite révolution ou s’il demeurait encore des zones d’ombre. En attendant MEEKO privilégiera les matières utilisées pour la 1ère collection : similicuir & microsuede (Espagne, certifié REACH sans agents chimiques), toile en fibre de plastique recyclé, coton biologique, caoutchouc recyclé.

Conclusion

Bravo d’être arrivés au bout de cet article jeunes padawans de la mode responsable !

De manière générale, on regrette ce manque d’informations à propos des compositions exactes. Il est, dans ces conditions, très difficile pour le consommateur non avisé de savoir précisément ce qu’il/elle achète et de prendre les décisions en connaissance de cause.

En conclusion nous dirons qu’il convient d’être prudent lorsque cela parait trop beau pour être vrai. Soyez curieux et creusez pour obtenir les informations quant à la durabilité sur la globalité du cycle de vie. C’est un sujet complexe et il est souvent plus facile de croire ce que l’on vous dit mais c’est la seule manière de pouvoir faire avancer cette industrie dans le bon sens.

N’hésitez pas à partager cet article si vous l’avez trouvé instructif !

Merci de nous avoir lu. ❤

L’équipe MEEKO

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